Le Monde et Nous

Partir à la découverte du monde qui nous entoure, comprendre quelques phénomènes de la nature, observer, se tenir informés des découvertes scientiques ...

01 mars 2012

Sevrage naturel : quand, comment ?

Pour poursuivre les réflexions et les questions soulevées par Vert Citrouille, contribution aux Vendredis Intellos, revenons une fois encore, sur la question de l'allaitement maternel, en nous interrogeant cette fois-ci sur la dernière étape du processus, à savoir le sevrage. Pour faire suite, à mon précédent post sur le sujet  ici, dans lequel nous avions montré que la composante culturelle était primordiale dans le choix d'allaiter ou non, mais aussi dans la durée de l'allaitement, je vous propose d'essayer d'établir les grandes tendances sur le sevrage naturel :
- quand se produit-t-il ? ou quand devrait-il se faire si les mamans ne subissaient aucune pression (les "bons conseils" reçus de part et d'autre, qui mine de rien orientent votre décision)?
- et comment se fait-il ?
- quelles corrélations peut-on trouver avec d'autres paramètres du développement de l'enfant?
- peut-on faire un parallèle avec les autres mammifères ?
- enfin, quelles sont les conséquences pour les mamans ?
La réponse à ces questions passe par une revue de quelques articles publiés sur le sujet.

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Le contexte du sevrage
Partout dans le monde, les femmes adaptent leur pratique de l'allaitement à leur mode de vie personnel et l'environnement dans lequel elles vivent. Et le moment du sevrage n'échappe pas à la règle [1] : l'analyse de données multiculturelles montre que les sociétés ont des croyances et des points de vue très différents sur l'âge auquel l'enfant doit être sevré. Il reste encore beaucoup de sociétés dans le monde dans lesquelles les enfants sont maternés pendant très longtemps (4 ou 5 ans), car chez elles, on pense qu'il est normal et naturel qu'un bébé soit dépendant de sa mère pendant les premières années. Pour le sevrage, c'est l'enfant qui décide et cela se produit entre 3 ou 4 ans. Et c'est d'ailleurs dans ces cultures, que les femmes pratiquent le plus l'allaitement à la demande, le maternage, le portage et co-dodo.

Dans nos cultures modernes,  le sevrage précoce est encouragé car il est perçu comme un signe de développement de l'enfant. Les femmes qui allaitent longtemps (au-delà de 6 mois) sont considérées comme des "anomalies". Ceci est assez lié aux mythes et croyances qui persistent comme par exemple : un bébé allaité longtemps, trop longtemps sera moins indépendant de sa mère, et capricieux. De nombreuses études ont en fait montré le contraire : le fait de satisfaire les besoins émotionnels encourage chez l'enfant, le sentiment de "confiance en soi" [2]. Le Dr G. Wootan [3] nous explique que l'enfant qui décide de se sevrer est plus indépendant, car le choix de s'éloigner de sa mère vient de lui.

Petit bémol à apporter ici, pour les femmes qui décident d'allaiter longtemps, qui se trouvent à un moment ou un autre confrontées à une difficulté et qui sans soutien ni écoute (voir impact du soutien ici), se tournent vers le sevrage un peu malgré elles.

Définition du sevrage et sevrage naturel
Avant tout chose, qu'est ce que le sevrage ? qu'implique-t-il pour l'enfant?
D'un point de vue étymologie, "Sevrer" vient du latin populaire seperare, qui signifie "séparer".
En anglais le terme est "Weaning", l'étymologie (voir ici) est intéressante car elle introduit la notion de nouveauté : l'origine est le mot "Wenian" qui signifie " s'habituer à quelque chose de différent".

Bref, deux possibilités d'interprétation :
Le sevrage signifiant "séparer" consiste donc à l'arrêt complet de l'allaitement au sein. La seconde interprétation correspond à l'introduction progressive de nourriture extérieure dans les habitudes alimentaires du bébé sans pour autant provoquer l'arrêt complet de l'allaitement maternel.

 Le sevrage naturel est celui qui se développe à la demande de l'enfant et de lui seul. Qu'en est il dans la vie actuelle ? tout dépend evidemment de l'impact culturel. Une étude menée sur 179 femmes américaines ayant opté pour l'allaitement long [4], nous éclaire sur ce point :  parmi les raisons évoquées pour l'arrêt complet de l'allaitement, c'est l'arrêt décidé par l'enfant qui conduit au % le plus élevé : pour le petit dernier de la famille, 63% des cas de sevrage est demandé par l'enfant. Un plus faible pourcentage (15 %) correspond au désir de la mère (qui considère que l'enfant est prêt). Les autres causes évoquées sont liées à une nouvelle grossesse (13%) ou à des circonstances familiales (5%).

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Rappel des bénéfices du sevrage tardif
Les bénéfices de l'allaitement prolongé a déjà abordé un peu partout (synthèse ici), mais rappelons tout de même certains résultats importants.
Comme le recommandent certaines organisations de santé (OMS-Société canadienne de pédiatrie-Académie Américaine de Pédiatrie-UNICEF) [5], l'introduction de nourriture solide (fin de l'allaitement exclusif) est importante à partir de 6 mois, âge pour lequel il est primordial de stimuler différemment les fonctionnalités complexes de la mâchoire, de la langue et de la déglutition afin que l'enfant apprenne à gérer la nourriture solide.
Les autres justifications de l'introduction de nourriture solide sont liés aux besoins en fer, zinc non couverts entièrement par le lait maternel [6]
Néanmoins, au-delà de 6 mois, le lait maternel est recommandé en complément de nourriture solide (dont la proportion est progressivement augmentée) car il continue à couvrir une part importante des besoins nutritionnels, micronutriments et des apports énergétiques (grande quantité de graisses et acides gras essentiels) [5].
D'un point de vue développement cognitif et social, le rôle de l'allaitement maternel prolongé a nettement été démontré dans plusieurs études corroborées dans des méta-analyses afin d'en distinguer les biais [7]. Chez d'autres mammifères (où n'interviennent donc pas les variables telles que le niveau socio-économique et l'éducation parentale), le sevrage plus tardif montre une augmentation des interactions sociales [8].

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Quand se produit-il?

Dans toute l'histoire de l'homme connue, le lait maternel était la première et seule nourriture connue jusqu'à l'âge de deux ans. Un retour historique sur la question nous est fourni dans un papier synthétique très intéressant [9]. Ainsi, quelques anthropologues se sont intéressés au mode de nourrissage des enfants dans toute l'histoire de l'homme, même très reculée... et oui, osons-le archéologique. Une étude réalisée sur des squelettes et dentitions d'enfants retrouvés au Guatemala, des paléoanthropologues [10] ont confirmé que la nourriture solide était introduite avant l'âge de deux ans alors que l'allaitement maternel était encore en place.

Revenons à nos moutons actuels... Pourquoi l'enfant choisit-il de se sevrer et quand cela se produit-il naturellement ? Pourquoi ne le ferait-il pas à l'image des autres mammifères (qui eux, ne subissent aucune pression sociale).
Comme nous l'explique A. Smith (consultante diplomée en lactation) [11], l'enfant s'éloigne du sein maternel quand il se sent prêt (même s'il n'en a pas conscience) aussi bien physiquement, psychologiquement, qu'émotionnellement. Ainsi, nos bébés sont prêts physiquement signifient qu'ils sont capables de manger une grande variété de nourriture solide car ils possèdent une dentition et un développement de la mâchoire adéquat :  en particulier des prémolaires leur permettent de broyer et mâcher avec un mouvement rotatif.
D'un point de vue développement cérébral, le langage ou la faculté à se faire comprendre a atteint le stade suffisant pour que l'enfant exprime les notions de "encore!" ou "c'est bon, j'en ai assez !". Enfin, sa capacité à s'alimenter seul en utilisant une fourchette et une cuiller lui permet également de se sentir prêt.
Bref naturellement, tous les ingrédients sont là pour que d'instinct, l'enfant se penche sur une assiette, goûte, teste, expérimente : alors il mâche, broie et s'il aime, alors c'est parti !

L'étude [4] déjà évoquée plus haut, nous indique que les bébés qui choisissent eux-mêmes le moment du sevrage le font entre 2 ans 1/2 et 3 ans.

L'étude [12] soulève aussi la question du manque de retour d'informations sur la durée actuelle de l'allaitement et la date du sevrage dans la mesure où, sous la pression culturelle, beaucoup de mamans continuent à allaiter "en secret" sans en parler à leur praticien.

Enfin, je souhaiterais évoquer les travaux de recherche de Ph. D Katherine Dettwyler [13] sur le sujet du sevrage qui reposent sur l'analyse du comportement d'autres mammifères à travers l'histoire. Elle s'est particulièrement attachée à trouver des corrélations entre le sevrage et d'autres variables. L'auteur utilise alors ces données pour en faire une projection pour le comportement humain. Ainsi, la plupart des mammifères pour lesquels cet aspect a été étudié, le sevrage se produit à l'apparition des premières molaires permanentes ; dans le cas de nos proches cousins primates (gorilles et chimpanzés), il intervient quand leur poids est quadruplé par rapport au poids de naissance ou encore pour un poids atteint correspondant au tiers du poids adulte. Le premier facteur (poids naissance multiplié par 4) correspond pour l'homme à l'âge entre 2 ans et demi et 3 ans. Les deux derniers facteurs projetés chez l'homme conduisent à un âge de sevrage entre 5 ou 7 ans.
La palette est assez large et s'étend selon l'approche réalisée entre 2 1/2 et 7 ans. Mais comme le précise C. Didierjean (LLL) [15], chaque enfant est unique. Et tout comme, il apprend à marcher, parler, être propre à son rythme, il décide de son sevrage quand bon lui semble.

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Sevrage oui, mais progressif
Généralement, les mamans qui choisissent un long avec sevrage naturel, réalisent le sevrage de façon progressive [4]. Et elles ont bien raison, finalement pour tout un tas de raison. Cela laisse tout d'abord, le temps aux deux protagonistes de se séparer en douceur : d'une part, moins de risque de dépression (juste un peu de nostalgie) ou de seins douloureux pour maman et d'autre part un allaitement profitable à l'enfant jusqu'à la dernière goutte dans la mesure où les tétées diminuant en fréquence et en intensité, les anti corps sont plus concentrés dans le lait produit. 

Conclusion et mot de la fin pour la maman
Difficile donc de donner un âge bien précis, chaque enfant, chaque contexte étant différent. Nous retiendrons le seuil bas des 2 ans et demi, pour lequel déjà nos cultures occidentales évoquent toutes sortes de risques (non démontrés, voire même contrés) et les seuils hauts évoqués deci delà vers les 5 ans voire 7 ans.
Notre article s'arrête là pour ce beau sujet, qui me tient particulièrement à coeur en ce moment puisque je vis personnellement mes tous derniers instants d'allaitement (d'une durée de 23 mois) avec sevrage naturel. La nostalgie est bien sûr au rendez-vous...c'est normal à priori : la modification hormonale, le passage d'une relation au contact très proche et intime vers une autre relation mère-enfant peuvent engendrer un peu de blues ! [14]

Références utilisées

1-Breastfeeding, culture and attachement : http://www.attachmentacrosscultures.org/beliefs/bfeed_culture.pdf

2-Newman and Kernerman, "Breastfeeding a Toddler - Why on earth ?"; 2009; http://www.nbci.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=78:breastfeed-a-toddlerwhy-on-earth&catid=5:information&Itemid=17

3- http://www.naturalchild.org/guest/george_wootan.html

4- Sugarman, M ; Kendall-Tackett K., " Weaning Ages in a Sample of American Women Who Practice Extended Breastfeeding", Clinical Pediatrics 1995; 34(12), pp642-647

5-Guide OMS "Guiding Principles for Complementary Feeding of The Breasfed Child" : http://www.who.int/nutrition/publications/guiding_principles_compfeeding_breastfed.pdf

6- Dewey K., "Nutrition, growth and complementary feeding of the breastfed infant", Pediatric Clin North America, 2001; 48, pp 87-104

7- Anderson, J. W. et al., "Breast-feeding and cognitive development: a meta-analysis", American Journal of Clinical Nutrition, 1999;70(4), pp 525-535

8- Curley J. P. et al, "The Meaning of Weaning: Influence of the Weaning Period on Behavioral Development in Mice", Development Neuroscience 2009;31, pp 318–331

9- Penny. Esterik, "Contemporary Trends In Infants Feeding Research" , Annu. Review of Anthropology 2002; 31, pp257–78

10- Wright AL, Bauer M, et al.K. "Cultural interpretations and intracultural variability in Navajo beliefs about breastfeeding."1993 Am. Ethnol. , 20(4), pp 781–96

11- Smith, A., "Weaning", http://www.breastfeedingbasics.com/articles/weaning-your-baby

12- Dr C. Mutch et al, "Weaning from the breast", Paediatrics & Child Health 2004; 9(4), pp 249-253. Revision2009 (http://www.cps.ca/english/statements/CP/cp04-01.htm)

13- Dettwyler K, "When to wean" , Natural History,1997; October(1)

14- K. Jackson, "Breastfeeading: Weaning sometimes brings feelings of sadness" 2011 http://ic.steadyhealth.com/breastfeeading_weaning_sometimes_brings_feelings_of_sadness.html

15- Claude Didierjean, "Et le sevrage, comment ça se passe ?", Allaiter Aujourd'hui, 2002, http://www.lllfrance.org/Allaiter-Aujourd-hui/AA-50-Et-le-sevrage-comment-ca-se-passe.html

Autres ressources
*
http://www.llli.org/llleaderweb/lv/lvdec00jan01p112.html
* http://www.kellymom.com/bf/weaning/how_weaning_happens.html

Posté par pascale72 à 07:00 - Autour du petit "d'homme" - Commentaires [13] - Permalien [#]

01 septembre 2011

Allaitement maternel : nourrir les bébés, oui mais encore ?

Sur ce blog même, il y a quelques temps déjà, une série d’articles consacrés à l’allaitement maternel a démarré (voir ICI et LA).

Comme nous l’avons présenté dans le volet précédent, le lait maternel est l’aliment le mieux adapté à la capacité d’assimilation du petit d’homme et ce, dès sa naissance. Mais ses avantages ne s’arrêtent pas là car de nombreuses études viennent chaque jour, apporter de nouveaux éléments sur ses nombreuses qualités. En effet, le lait maternel n’est pas qu’une nourriture, c’est également une source de réconfort qui procure un effet apaisant en cas de douleur (en particulier liée à une vaccination ou à une ponction veineuse). Cet effet a pu être mesuré quantitativement via quelques études.

Aujourd’hui, nous nous proposons de présenter les résultats de plusieurs d’entre elles datant de 2004, 2009 et 2010. Ce billet s’inscrit dans le cadre d’une participation aux rendez-vous hebdomadaires des Vendredis Intellos, blog collectif qui nous propose des sujets de réflexion sur le thème de la maternité, la petite enfance, l'éducation...j’y ai été invitée afin d’apporter quelques éclaircissements face aux interrogations de la prise en charge de la douleur via l’allaitement (ICI)

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Source ICI

L’étude de 2004 [1], a mis en jeu 81 nouveaux nés de New-Dehli (âgés au maximum de 4 semaines) devant subir une ponction veineuse en vue d’une analyse sanguine. Parmi ces bébés, 50 % ont reçu 5 ml de lait maternel exprimé (quelques minutes avant la piqûre) tandis que le reste du groupe n’a reçu qu’un placébo. L’expérience s’est faite en double aveugle. Il s’est avéré que la durée moyenne des pleurs était significativement plus faible dans le premier groupe que dans celui ayant reçu un placébo (valeurs médianes respectivement de 38 s et 90 s).

Des différences significatives ont également été notées au niveau du rythme cardiaque et de la saturation en oxygène des enfants : paramètres qui d’une part ont été beaucoup moins modifiés lors de l’intervention et d’autre part sont revenus plus rapidement à leur niveau initial.

 L’étude de 2009 [2] a été réalisée sur deux maternités (ou cendres de soins de la petite enfance) à Philadelphie. Deux groupes de 60 enfants ont été vaccinés et leur comportement et réactions  lors de l’injection ont été observés. Les enfants du 1er groupe sont restés en contact « peau à peau » avec leur mère et étaient allaités pendant la vaccination. Les conditions de vaccination pour le second groupe correspondaient au protocole classique en place dans la maternité ou le centre de soins (donc sans allaitement et sans contact proche). Les conclusions  de l’étude ont révélé que la durée des pleurs ainsi que le rythme cardiaque étaient significativement plus faibles (pendant l’injection et juste après) dans le groupe d’étude que dans le groupe témoin.

Dans cette seconde étude, le type de pleurs a également été étudié comme indicateur de la douleur (distinction entre « pleur de cri », « pleur isolé » et « pleur de fin »). Il s’est avéré que le temps passé en « pleur de cri » (associé au maximum d’intensité de la douleur) était de 17% en moyenne pour les enfants du groupe d’étude contre 65% dans le groupe témoin. Les auteurs concluent sur le rôle analgésique de l’allaitement en peau à peau.

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Source ICI

 L’étude parue en 2010 [3] dans le Journal « Pediatrics » montre  l’impact de l’allaitement sur le risque de fièvre post-vaccination, un des effets indésirables les plus fréquents induits par la vaccination. L’étude a porté sur l’observation de 450 enfants, tous en bonne santé et n’ayant pas présenté de fièvre pendant la semaine précédent la vaccination. La fièvre a été définie comme une température supérieure à 38 °C. Le bilan de cette observation est que 53% des enfants non allaités ont présenté une fièvre dans les 3 jours, contre 25% des enfants exclusivement allaités. Les auteurs expliquent ce résultat par des facteurs anti-inflammatoires présents dans le lait maternel.

Pourquoi les résultats de ces études sur l’impact de l’allaitement sur la douleur et l’inconfort du nourrisson sont elles importantes? Parce que la réduction de la douleur dans les pratiques des soins  infirmiers reste une priorité, notamment chez le tout-petit et que des études ont montré que nombre d’enfants gardaient en mémoire tout acte douloureux et stressant ce qui conditionnait leurs réactions lors d’interventions futures. De plus, il est facile et pratique de favoriser cette interaction mère enfant (contact et allaitement) pendant des soins infirmiers afin de réduire douleur et stress.

En conclusion, les chiffres présentés par le biais de ces 3 études parlent d’eux-mêmes : le lait maternel procure bel et bien un effet apaisant en cas de douleur de l’enfant. Néanmoins, les auteurs reconnaissent que peu de choses sont connues sur les mécanismes mis en jeu. Attendons patiemment de nouvelles études qui ne tarderont pas à arriver. Comptez sur moi pour être vigilante.

Pour en savoir plus

[1] Upadhyay A. et al., Acta Paediatr., 2004, April, 93(4), « Analgesic effect of expressed breast milk in procedural pain in term neonates : a randomized, placebo-controlled, double-blind trial

 [2] Razek A A., El-Dein, N., International Journal of Nursing Practice, 2009; 15, “ Effect of breast-feeding on pain relief during infant immunization injections”

 [3] Pisacane A., Continisio P., Palma O., et al., Pediatrics, 2010 ; 125 (6), « Breastfeeding and risk for fever after immunization »

 LEs dossiers de l'allaitement, revue de LLL France pour les professionnels de santé, N°87 Avril Mai Juin 2011

Posté par pascale72 à 20:52 - Autour du petit "d'homme" - Commentaires [2] - Permalien [#]

11 février 2011

Retour bis : lactation 2e volet !

Après de nombreux mois d’absence (un bébé très demandeur d’où une forme physique pas au TOP) je reprends enfin ma série d’articles consacrés à l’allaitement maternel en commençant sur la composition générale (du moins ce qu’on en sait) et sur la façon dont le lait est élaboré (1er article de cette série ICI)

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Source

Comment se fait la fabrication des éléments de base du lait humain, selon quelle recette ?

Constituants et processus de fabrication

Le lait contient des glucides c'est-à-dire des sucres, des protéines, des lipides mais aussi de l'eau, des minéraux et vitamines ainsi que (spécifiquement dans le lait de femme) des enzymes digestives et des anticorps.

L'eau et tous les éléments solubles (petites protéines, sels minéraux, vitamines hydro-solubles) sont issus du sang maternel et arrivent directement dans le lait (processus que nous ne décrirons pas ici). Il n’y a donc pas à attendre quelque processus de fabrication que ce soit, tout est prêt et arrive tout de suite en début de tétée ce qui présente l’avantage d’assurer une hydratation efficace dès les premières gouttes.

Les autres constituants vont se fabriquer en continu selon une recette bien précise (recette unique selon l’espèce) : il s’agit du lactose (le sucre donc), des protéines (la caséine du lait) et des graisses (des triglycérides principalement).

Le lactose est un disaccharide (deux molécules de glucose assemblées - dont l'une est "retournée"-) de formule C12H22O11, sachant que le glucose correspond à C6H12O6. Bien qu'il s'agisse d'un sucre, son pouvoir sucrant est assez faible.

Ci-dessous la représentation des 3 molécules (glucose, galactose(=glucose retourné) et lactose)

Lactose

Sous l'action de deux enzymes (i.e. des protéines qui déclenchent des réactions), une transformant le glucose de la mère en galactose, l'autre « branchant » les deux molécules, le lactose est produit : c’est une transformation rapide. Très hydrophile, le lactose s'entoure d'eau et des éléments qui y sont solubles, quitte la cellule où il est fabriqué et se stocke dans les alvéoles (présentées ICI). Cette transformation pas trop compliquée implique que cet élément sera prépondérant en début de tétée.

Parmi toutes les espèces de mammifères, le lait humain est l’un des plus riches en lactose, particulière utile pour le développement du tissu cérébral. Des anthropologues ont montré que les espèces les plus évoluées, sont celles qui produisent du lait à forte teneur en lactose.

La caséine, tout comme chaque protéine, est un assemblage complexe et rigoureux à partir de milliers d'acides aminés (AA), unités de base (choisis précisément selon l'espèce de mammifère parmi les 20 dont le corps dispose). La fabrication est donc plutôt compliquée : il y a ajout successif d’AA à une protéine en cours de synthèse, ce processus nécessite de nombreux enzymes pour sélectionner, aligner, rapprocher, assembler et l’ordre dans lequel  un AA est ajouté est déterminé par le code génétique de l’espèce. Pour cela, ces protéines sont spécifiques de l’espèce.
    
Les autres protéines  sont : l’alpha-lactalbumine (productrice de lactose), la lactoferrine (absorption intestinale du fer, agent anti-infectieux) et l’immunoglobuline (protéines qui favorisent la production d’anticorps).

La synthèse n’étant pas simple et immédiate : la quantité de protéines est faible en début de tétée et augmente ensuite progressivement.

La fabrication des graisses se fait à partir des acides gras présents dans le sang de la mère- de longues chaînes carbonées, hydrogénées) (je vous en avais parlé ICI) . Elle nécessite beaucoup de transformations « lourdes » afin en particulier de grouper les acides gras en trois bandes parallèles qui forment des triglycérides (entre autres). Ce sont donc de grosses molécules (encombrement stérique fort), non solubles dans l’eau qui se trouvent "emballées" dans des sacs...un peu difficiles à faire circuler, et à éjecter (les pompes que constituent les cellules myoépithéliales ont fort à faire), elles n'apparaissent donc qu'en fin de tétée. Ceci explique l’intérêt de ne pas stopper la tétée trop tôt (changement de côté par exemple) afin de ne pas priver le bébé des graisses qui font le contenu calorique principal du lait.

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Parmi les autres graisses, citons également les lipides à liaison « trans » (cf article ICI)

Enfin, un autre élément qui accompagne les graisses du lait humain est « la lipase » : une enzyme qui casse les graisses en petites globules, facilement assimilables. Idéal pour les bébés prématurés ayant besoin d’un apport énergétique important mais qui ont un système digestif peu mature.

Parmi les autres enzymes, citons la lysozyme un bactéricide et la lactase (qui transforme le lactose en glucose et galactose)

Ainsi, on comprend mieux pourquoi la nature du lait évolue au cours d'une tétée. D'abord les petites molécules déjà présentes puis celles qui sont faciles à fabriquer et enfin les grosses molécules caloriques (le dessert de graisses de fin de tétée). Les analyses de lait prescrites par le corps médical pendant longtemps  n'affichaient donc souvent que des chiffres bien maigres attestant d'un lait pauvre... et pour cause, le lait exprimé à la « va-vite » au tire-lait n'était que du lait de début de tétée très riche en eau...de quoi désespérer bien des mamans. Quelques décennies plus tard (c’est-à-dire maintenant), sévissent encore quelques reliquats de ces analyses de l’époque mal conduites…et bon nombre de jeunes mamans (fort heureusement de moins en moins) s’entendent dire « tu es sûre que ton lait est assez riche ? »

Les différents constituants du lait dont nous venons d’évoquer le processus de fabrication sont comme nous l’avons évoqué spécifiques d’une espèce (en proportion et en qualité).  La qualité du lait (ainsi que la façon dont il est éjecté dans la bouche du « petit ») est ainsi spécialement adapté au mode de vie du mammifère afin d’assurer un maximum de chances de survie à la progéniture. Il s’en suit que les laits ne sont donc pas échangeables d'une espèce à l'autre ou du moins sans une adaptation préalable.

Quelques exemples de spécificités des laits et du lait humain

Les mamans phoques produisent du lait à forte teneur en graisse afin de constituer aux petits une forte épaisseur de graisse permettant de lutter rapidement contre le froid.

Le lait humain est lui, fort riche en éléments qui favorisent la croissance du cerveau (élément clé pour la survie de l’homme).  Peu riche en protéines, mais leur qualité est spéciale : ainsi, la « brique de base » ou acide aminé les constituant est en grande proportion « la taurine »(10 x pls concentré que dans le lait de vache) qui joue un rôle important dans la construction du cerveau et le fonctionnement des cellules cérébrales. Le lait de vache est lui beaucoup plus riche en protéines (à quantité quasi équivalente en graisses), ce qui permet au petit veau de doubler son poids de naissance en 50 j (180 j chez l’homme) et d’être autonome assez vite. Pourquoi cette différence ? parce que pour le développement optimal du cerveau du bébé humain, il est nécessaire d’avoir beaucoup d’interactions avec sa mère et son environnement : bébé ne doit donc pas grossir trop vite, afin de faciliter le portage et les soins proches.

Les graisses dans le lait humain sont particulières également en qualité, très riches en acide gras essentiel oméga 3qui ont prouvé leur rôle dans la myélinisation (enveloppe qui entoure les nerfs) et en cholestérol (bon pour le développement cérébral). La lipase qui permet une digestion rapide et facile fait qu’un bébé nourri au sein réclame plus souvent, recevant ainsi plus d’attention de sa mère ce qui favorise le développement de son cerveau.

En conclusion :

Elément idéal pour le développement du cerveau humain, car le lait est conçu pour. Chaque année, des articles scientifiques relatent de nouvelles découvertes étonnantes quant à la composition du lait humain. Avec des substances dont on ne mesure toujours pas le rôle, mais qui peuvent révéler des implications à long terme.

Un joli veau, nourri idéalement par du lait de vache SOURCE

vache

Prochain épisode de la série :

-          Comment le processus de lactation démarre après la naissance ? comment est-il régulé ? comment évolue-t-il ?

-          Quelques brèves (récentes études et principaux résultats) dont l’impact sur la santé de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra.

A très bientôt, j'espère !

Pour en savoir plus :

“Differential Growth Patterns Among Healthy Infants Fed Protein Hydrolysate or Cow-Milk Formulas.”
Julie A. Mennella, Alison K. Ventura, and Gary K. Beauchamp.
Pediatrics, published online 27 December 2010.
DOI:10.1542/peds.2010-1675

Livre du Dr M. Thirion : « L’allaitement, de la naissance au sevrage. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lait_maternel 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_amin%C3%A9 

http://www.sciencedaily.com/releases/2010/04/100419132403.htm 

http://www.sciencedaily.com/releases/2008/09/080929092213.htm 

http://www.sciencedaily.com/releases/2008/08/080811094951.htm 

http://www.enotalone.com/article/3610.html

http://www.askdrsears.com/html/2/t020200.asp (“Breastfeeding builds brighter brains”)

Posté par pascale72 à 06:41 - Autour du petit "d'homme" - Commentaires [1] - Permalien [#]

27 mai 2010

Le retour : lactation 1er volet

Enfin, de retour après ces longs mois de silence...je m'en excuse mais être maman à l'écoute des besoins de son "petit" c'est une des tâches les plus difficiles que j'ai eu à réaliser...il faut tenir dans la distance et l'intensité.

Je tente de reprendre une activité normale, en particulier, écrire quelques articles sur ce blog. Les prochains seront evidemment liés à mes préoccupations des moments présents...et on commence par l'allaitement maternel suite à mes lectures intensives dont le livre du Dr M. Thirion "L'allaitement, de la naissance au sevrage" dont je vous avais parlé la dernière fois.

Le mode d'allaitement est au libre choix de la maman mais pour prendre une décision, il me semble important de se rappeler d'un certains nombres de choses.

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Comment ça marche ? Pourquoi çà marche ?
Un certain nombre d'idées reçues trainent encore et toujours dans les têtes des femmes. En particulier, la mise en doute de la capacité d'une mère à allaiter et nourrir son enfant. Il n'y a pourtant AUCUN problème  (ou si rarement), l'espèce humaine est de la famille des mammifères comme les autres. ON ne se pose jamais la question pour les vaches : elles produisent du lait idéalement adapté pour le petit veau. Pour les femmes, cela est exactement pareil : elles sont toutes capables de produire du lait en quantité suffisante idéalement adapté pour le petit d'homme". Chaque espèce produit son lait bien spécifique à son espèce.
Ainsi pour la mère, il n"y a pas de mauvais sein, mauvaise forme de mamelon, ni incapacité à produire (sauf pathologie particulière...tout de même rare), ni d'incapacité à produire du bon lait : tout comme les autres organes du corps qui sous l'influence d'hormones fournisent des molécules agissant sur le fonctionnement de notre organisme, le sein est un organe conçu pour produire et pour produire "du bon". Il suffit de se rappeler le mode d'emploi et pour cela un soutien, une aide, des encouragements sont nécessaires pour bien démarrer.

Alors comment çà marche ? comme dans une usine (aime à le rappeler le Dr Thirion), il y a les unités de fabrication, les pompes pour faire jaillir, un réseau de capillaires pour l'arrivée des hormones et des silos de stockage de réserves...

Les unités de fabrication, ce sont des petites glandes qui existent dès la puberté mais qui se développent en début de la grossesse sous l'effet des hormones de grossesse : c'est pour cela qu'on assiste à une augmentation du volume mammaire dès la nidation de l'embryon. Ces petites glandes s'organisent en alvéoles qui débouchent vers un canal qui amène le lait vers l'extérieur. Le lait n'est pas stocké (ou très très peu), il est fabriqué puis éjecté sinon la production s'arrête.

Le lait fabriqué est extrait grâce à des mini-pompes : ce sont des cellules contractiles ressemblant à des petites pieuvres qui entourent la glande productrice. Sous l'effet de l'hormone ocytocine, les bras de la pieuvre se resserrent sur la glande et le lait produit est expulsé via les canaux lactifères vers l'extérieur (c'est-à-dire la bouche de bébé). On nomme ces mini-pompes, les cellules myoépithéliales. L'ocytocine est secrétée par le cerveau maternel (l'hypophyse) lorsque le bébé stimule le sein de sa mère en commençant à téter.

Le réseau de capillaires s'est développé pendant la grossesse autour des alvéoles ; il va se trouver submergé par un débit sanguin très important quelques jours après la naissance : c'est la fameuse montée de lait qui est un peu douloureuse. Ce réseau de capillaires sert à amener sur le lieu de fabrication les deux hormones permettant le démarrage de la lactation (ocytocine et prolactine, décrits ci-dessous)

Le silo de réserves permet de stocker les graisses indispensables pour la fabrication du lait.

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Source : ICI

Côté bébé
Lorsque Bébé tète il stimule l'aréole du sein de sa mère. Il repère l'endroit à l'oeil (l'aréole  est plus foncée que le reste du sein) mais aussi grâce à l'odorat car de petites glandes sébacées secrètent une odeur (l'odeur de la mère) permettant de guider la bouche de bébé mais aussi de le calmer et de le stimuler.

Sous l'aréaole, les récepteurs sensitifs des mouvements de succion du bébé repèrent le signal de la tétée et font remonter l'information vers le cerveau de la mère dans un zone profonde : la zone de réaction inconsciente et involontaire. L'hypothalamus va autoriser l'hypothyse à libérer les deux hormones de la lactation :
- la prolactine, qui active la fabrication du lait au niveau des cellules glandulaires,
- l'ocytocine qui va démarrer la pompe d'éjection

La sécrétion de prolactine monte progressivement et reste longtemps, et l'ocytocine agit plus rapide mais de façon brève.

Rendez-vous très bientôt pour la suite du récit, il y a encore tant à dire !
Comment se fait la fabrication du lait à partir des éléments essentiels, selon quelle recette ? comment le processus démarre-t-il après la naissance ? pourquoi le lait est-il si bien adapté ? comment se fait la régulation ? Comment l'enfant tète-t-il ? l'action bénéfique sur la mère et sur le bébé ? les difficultés ? les doutes de la mère ...

Pour en savoir plus :
http://nanimoland.blogspot.com/2008/03/lhormone-de-la-maternit.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Allaitement
http://www.info-allaitement.org/physiologie.html
http://allaiter.free.fr/presse/physionomie.html

Posté par pascale72 à 11:43 - Autour du petit "d'homme" - Commentaires [1] - Permalien [#]