Le Monde et Nous

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17 novembre 2011

Allaitement : comportement inné ou acquis ?

Allaitement maternel : processus naturel spontané ou comportement acquis ? Connaître les facteurs impliqués dans le démarrage et la poursuite de l’allaitement maternel est important afin d’aider un maximum de mamans. Ce post s’inscrit en réponse à un article de Home Sweet Môme qui réfléchit aux raisons profondes qui orientent une mère dans son choix d’allaiter ou de « biberonner ». En effet, il est intéressant de savoir par exemple si le fait d’avoir dans son entourage une mère, une sœur ou amie ayant allaité influe sur le choix du mode de nourrissage. 
Invitée pour la 3e fois, à participer aux Vendredis Intellos de Mme Déjantée, j’ai souhaité rechercher les études  réalisées et publiées à travers le monde sur le sujet (l’idée de balayer une palette assez large de cultures est souhaitable). Comment et pourquoi une mère décide-t-elle d’allaiter ? Quels sont donc les facteurs influant sur la décision ?

Même si l’allaitement est un processus naturel puisque toutes les femmes sont capables d’allaiter, leur corps étant préparé pour cette fonction depuis leur naissance, la pratique de l’allaitement lui, semble bel et bien être un comportement à acquérir.

Comment en est-on arrivé à cette conclusion ? Bon nombre d’études consacrées à ce sujet, partent du constat que même si l’allaitement a prouvé ses avantages et ses bienfaits sur l’enfant et la mère, force est de constater qu’il est loin de faire l’unanimité   (notamment dans la poursuite au-delà des premières semaines) et ce malgré les recommandations des organisations sanitaires (allaitement exclusif pendant 6 mois, et mixte jusqu’aux 2 ans de l’enfant). Il faut donc bien que d’autres facteurs entrent en jeu et jouent sur la décision maternelle.

L’espèce humaine, cas particulier de la famille des mammifères ?

J. Wells [1] propose un très bel article sur la base d’une revue bibliographique détaillée et poussée ; il évoque tous les aspects biologiques, socioculturels de l’allaitement.  En particulier, il replace l’Homme (ndlr comprendre la Femme) dans la famille des mammifères et montre la variabilité du comportement entre les différentes espèces.

Ainsi sur l’échelle du « degré de maturité du nouveau né », le primate (que nous sommes) se trouve entre les mammifères nidicoles (type marsupiaux -avec poche ventrale) et le mammifère ongulé plutôt mature à la naissance (porcs, ruminants…).

Dans le cas de la 1ere sous-famille, le bébé en contact très rapproché avec sa mère, tète naturellement malgré sa faible maturité. Dans le cas de la 2e sous-famille, bébé est très mature, ce qui ne l’empêche pas de téter sa mère sans l’aide de celle-ci.
Dans le cas des primates, c’est un peu différent. Le petit n’est pas très mature (incapable de se tenir debout, de se nourrir seul) mais contrairement aux nidicoles, il a besoin d’être guidé par sa mère ; or elle aussi doit être aidée. Wells évoque un certain nombre d’observations de primates élevés en captivité. A leur primiparité, ils s’avèrent que les femelles n’allaitent pas, pratique qu’elles ne semblent pas connaître.  En groupe, à l’état sauvage, l’allaitement se produit pourtant ce qui suggère qu’un apprentissage de femelles « adolescentes » s’opère, leur permettant d’acquérir une expérience maternelle avant même leur 1er bébé. Le nourrissage des chimpanzés (notre proche parent) est également (d’après nombreuses observations) en général un phénomène acquis au sein du groupe (le mécanisme exact de l’apprentissage n’est pas encore bien connu) [2]

Toujours sur la base des résultats de nombreuses recherches, l’auteur montre que l’allaitement humain est conforme aux modèles observés chez les primates : il s’agit bien d’un processus biologique inné (les mères qui allaitent  ressentent des sensations et gestes spontanés) mais la mise en place et la poursuite s’adaptent aux conditions environnementales (que nous détaillerons ci-dessous) dans lequel le couple mère-enfant évolue.

En conclusion de cet article, l’auteur affirme que l’acte d’allaitement dans l’espèce humaine n’est pas un comportement instinctif : il nécessite des conseils, issus de l’expérience d’autres mamans, et/ou de générations précédentes.

 chimpanze

Maher [3] évoque également cette notion d’expérience partagée. Pour lui, la pratique répandue du biberon au 20e siècle aux Etats-Unis a considérablement réduit l’expérience collective de l’allaitement dont la population contemporaine ne peut pas bénéficier.

Pourquoi cette différence entre primates et les autres mammifères ? Un cerveau plus élaboré peut-être qui préfèrent la voie de l’apprentissage. C’est un autre sujet !

Impact de l’environnement maternel sur la pratique de l’allaitement

Influence des décisions prénatales

Savoir que le processus de démarrage et poursuite s’acquièrent avec l’expérience (personnelle ou extérieure) est essentiel, notamment pour les primipares. Une étude néerlandaise [4] datant de 2005 sur les réflexions prénatales de 89 mères a en effet révélé que les jeunes mamans pensaient que l’allaitement était un acte entièrement naturel et inné et qu’en conséquence, elles ne ressentaient pas le besoin de s’y préparer avant la naissance. Sans expérience extérieure, ni information préalable, l’allaitement même choisi est plus difficile.

En dehors des primipares, l’étude montre également que la décision d’allaiter prise bien avant la naissance, était fortement corrélée avec le comportement effectivement mis en place. D’autres études ailleurs (2005 et 2011) sur un plus grand nombre de femmes font écho à ce résultat [5] [6] [8).
K. Beermann dans une récente communication [6] annonce quelques chiffres. Notamment une étude australienne montre que 72% des mères allaitantes l’avaient décidé avant même la conception, 23% l’avaient décidé au premier trimestre de la grossesse et 5 % au cours du 2e ou 3e trimestre.

L’apport d’une « formation prénatale » soit dans une maternité ou dans le cadre de rencontres et d’échanges avec d’autres mères allaitantes est donc totalement justifié surtout pour les primipares sans référence extérieure. Cela contribue à anticiper les questions qui ne manqueront pas de se poser, de couper court aux croyances erronées fréquemment rencontrées et qui conduisent généralement à un échec de l’allaitement (cf. note de fin). Cela permet également de renforcer le sentiment de confiance en soi qui manque aux jeunes mamans. Sur ce dernier point, une étude très intéressante est évoquée dans le document [6]. Il s’agit d’une étude canadienne datant de 2006, regroupant 101 femmes réparties aléatoirement entre plusieurs groupes : certaines suivaient des ateliers de mises en situation permettant de stimuler la confiance en soi notamment sur les thèmes de l’efficacité de l’allaitement de chaque mère et de la capacité à produire suffisamment de lait. Les résultats ont montré 58% d’allaitement exclusif dans le groupe témoin contre 70 % dans le groupe d’intervention. De plus, dans le groupe d’intervention, un nombre plus élevé de mamans répondaient positivement à l’affirmation « je sais toujours si mon bébé a reçu suffisamment de lait « 

Influence des normes sociales et culturelles

africaine

Les femmes évoluent toutes dans toute une palette de conditions sociales et culturelles qui influencent leur choix.  Une mère va adapter son attitude en fonction de ce qui sera acceptable dans sa propre culture : si la pratique de l’allaitement long n’est pas ancrée dans sa culture, elle obtiendra peu de soutien de sa famille, de ses amis et sera donc confrontée à des messages contradictoires provenant de son entourage, d’organisations sanitaires et des média [9]. Pour celles qui résistent, elles seront même amenées à devoir « défendre » leur choix d’allaiter, face aux commentaires de leurs proches [7].  Dans ces conditions, la poursuite de l’allaitement relève d’un vrai tour de force.

Dans certaines sociétés, comme l’évoque C; Britton [7], pas si éloignées (Angleterre), des messages forts peuvent même être véhiculés par le gouvernement lui-même et les professionnels de santé : allaitement pour 6 mois « oui » après quoi, le sevrage est requis.

C. Britton [7] donne plusieurs exemples de l’influence directe ou indirecte des normes socioculturelles : croyances religieuses, habitudes culturelles au regard du corps (ornements, interprétation différentes des parties à cacher ou non), législation qui s’est développée aux Etats-Unis  pour promouvoir et encourager l’allaitement, l’obligation dans certaines sociétés de « discipliner » son corps (les femmes doivent éviter toute fuite de lait par exemple, ce qui serait considéré comme manquement grave à la bienséance), l’impact de la presse qui impose le corps idéal en termes de forme et de taille. L’auteur évoque aussi la forte association seins - sexe (Angleterre – Etats-Unis) et lorsque les femmes allaitent, elles peuvent être vues comme transgressant la limite ente maternité et sexualité.
Enfin, C. Britton évoque également les énormes campagnes de marketing visant à promouvoir le lait artificiel. L’OMS et l’UNICEF y voient une cause majeure du déclin de l’allaitement.

Allaiter en public peut également mettre un obstacle à l’allaitement : Là encore la norme culturelle joue un rôle. Par exemple beaucoup de femmes américaines trouvent difficile d’allaiter en public [7] et leur angoisse est parfois renforcée par les médias qui mettent de plus en plus ce sujet en lumière. A cela s’ajoute le fait, surtout pour les primipares, qu’elles considèrent que l’allaitement en public pourrait être perçu comme une démonstration publique de leur faculté à gérer leur rôle de mère et ont peur d’être jugées (on en revient à l’idée de confiance en soi évoquée plus haut)

Tout cela influe sur la décision maternelle d’allaiter ou non.

Influence du réseau familial et social  (autres femmes proches de la mère)
Comme évoqué précédemment, l’expérience des proches qui correspond à la norme culturelle est un tourbillon porteur pour orienter le choix. Mais qu’en est-il des femmes qui décident d’allaiter hors des habitudes culturelles ?

famille

Une étude écossaise [5] qui fait écho à beaucoup d’autres, montre que le point de vue du conjoint, de sa propre mère et des sages-femmes autour de la jeune maman était extrêmement important (d’un point de vue du démarrage mais aussi de la poursuite de l’allaitement) . Et ce d’autant plus pour les primipares qui sont moins confiantes et ont besoin d’être guidées par leur entourage.

La transmission intergénérationnelle a  été étudiée en 2007 au Brésil [10]. Parmi les ressources bibliographiques sur le sujet, les auteurs constatent des résultats un peu divers, certaines études montrant une corrélation forte [11], d’autres études ne montrant aucun lien. L’étude de 2007 menée sur 420 femmes ne montre pas vraiment d’influence sur le démarrage de l’allaitement (à cause d’un fort taux d’allaitement initial dans l’échantillon étudié). Par contre, il a été noté un effet significatif pour la durée de l’allaitement avec un sevrage plus précoce (- de 6 mois) chez les mères ayant été allaitées moins de 1 mois.

Une étude américaine réalisée sur 150 mères en Alabama (dont 93% d’origine Africaine) montre pour cette culture un assez faible taux  de démarrage de l’allaitement maternel (41% à la naissance, et 24% d’une durée d’au moins 1 mois) et reflète assez bien l’influence de l’expérience maternelle, familiale ou d’amies proches dans la décision d’allaiter.

Influence du statut de la mère (âge, travail, niveau d’études)

Une étude réalisée en Israël (1994) [12] sur la base d’un suivi sur 2 ans des naissances issues de 3 maternités différentes a montré une forte corrélation entre le niveau d’études de la mère et la durée de l’allaitement (et ce quelle que soit l’origine ethnique qui se trouve être fort hétérogène dans l’échantillon étudié).

L’âge de la mère est également un facteur influant. Les mères plus jeunes s’orientent moins facilement vers l’allaitement. Plusieurs études [12] [5], suggèrent une maturité et un sentiment de confiance en soi accrus avec l’âge.

Influence du soutien médical

Sur la base de ce qui a été évoqué ci-dessus, il apparaît clairement que le soutien et des informations fiables de la part du personnel médical (sages-femmes, puéricultrices, infirmières, pédiatres….) sont primordiaux. Quelques études le montrent effectivement [5], [6].

Par contre, au-delà du soutien du personnel médical, c’est le rôle du père qui est souvent perçu comme prépondérant [5]

Sage_femme

Influence du père

L’étude écossaise de 2005 [5] montre qu’autant pour les allaitantes que pour les non-allaitantes, le soutien du père dans leur choix est primordial.

L’auteur suggère en conséquence que les programmes d’information prénataux soient dispensés autant aux pères qu’aux mères et qu’il serait souhaitable d’élargir aux membres de l’entourage proche afin de faire sauter les barrières sociales !

Une étude spécifique brésilienne est consacrée au rôle du père [13]. 17 couples, jeunes parents d’un enfant âgé de 6 à 8 mois (quelle que soit son mode d’alimentation)  ont été sélectionnés. Une fois encore, on retrouve l’influence forte de la culture (ndlr : comment pourrait-il en être autrement ?) : l’implication du père dans le mode de nourrissage est telle que sa culture la lui a enseignée.

Influence des conditions physiques de la jeune parturiente (douleurs, accouchement, fatigue)
Les conditions de l’accouchement ont aussi un facteur infuant. Un accouchement par césarienne décourage généralement le démarrage de l’allaitement [12] ainsi qu’une naissance prématurée avec un bébé de petit poids [11].

Parmi les raisons fréquemment évoquées pour l’introduction précoce de lait artificiel, on trouve la fatigue, les seins douloureux ou un engorgement [6], [14] [8]. Il est généralement montré qu’une meilleure connaissance de l’allaitement (ndlr via programmes de préparation prénataux ou échanges d’expériences avec d’autres mamans) permet de régler ou du moins soulager ces problèmes (meilleur positionnement, écoute des signes de l’enfant, fréquences des tétées, politique de repos).

La prise de médication est également une des raisons du sevrage précoce [8] même s’il existe des guides pédiatriques affirment que peu de médicaments sont incompatibles avec l’allaitement.

 Note:
Parmi les croyances fausses, fortement ancrées, on retrouve l’idée que le colostrum est de mauvaise qualité, qu’une mère n’aura pas assez de lait, que d’autres nourritures ou liquides sont nécessaires au bébé de moins de 6 mois et que de l’eau est à apporter dans les pays chauds.

Conclusions :
L'allaitement est naturel oui dans la mesure où c'est un processus qui est prévu par notre corps. Mais l'ensemble des études parcourures montre que que si on veut le mener à bien, une expérience est à acquérir pour le démarrage et la poursuite (échanges entre mères, programmes de préparation pendant la grossesse...) et ce d'autant plus si le choix de la mère ne s'inscrit pas dans la norme culturelle dans laquelle elle évolue.

Merci donc, de faire connaître ce travail de synthèse vers toutes les jeunes mamans qui souhaitement réussir leur allaitement.

 Références utilisées :
[1] J. Wells, « The Role of Cultural Factors in Human Breasfeeding: Adaptive Behaviour or Biopower ? », Human Ecology Special Issue 14, p 39-47 (2006)
[2] H. Plotkin, « The imagined World made meal : Towards a Natural Science of Culture. Perguin Press, London (2002)

[3]- V. Maher, « Breast-feeding in cross-cultural perspective : Paradoxes and Proposals”, The Anthropology of Breast-feeding :  Natural Law or Social Construct” (1992)

 [4] B. Gijsbers, I. Mesters et al, “Factors Associated with the Initiation of Breastfeeding in Asthmatic Families : The Attitude-Social Influence Self-Efficacy Model”, Breastfeeding Medicine, Vol 1 (4), pp 236-246 (2006)

[5] V. Swanson, K.G. Power, “ Initiation and continuation of breastfeeding : theory of planned behavior” , Journal of Advanced Nursing, 50(3), pp 272-282 (2005)

[6] K. Beermann, « The Effectiveness of Prenatal Education on Breasfeeding Initiation and Continuation Rates », http://www.instituteofmidwifery.org, Avril 2011

[7] C. Britton, « Breasfeeding : a natural phenomenon or a cultural construct? » extrait de « The Social Context of Birth » Oxford : RadCliffe Pubishing,

[8] I. Ahluwalia, B. Morrow, J. Hsia, « Why do women Stop breastfeeding ? Findings from the Pregnancy Risk Assessment and Monitoring System », Pediatrics 116 (6), pp 1408-1412 (2005)

[9] IMCI Bulletin 7 – Breastfeeding – Pas d’auteur mentionné

[10] B. Horta et al. « Breastfeeding duration in two generations » , Rev. Saüde Publica, 41(1), (2007)

  [11], R.O. Meyerink, G.S. Marquis,  » Low-Income women in Alabama : the importance of personal and familial experiences in making infant-feeding choices », Journal of Human Lactation 18(1), pp 38-45 (2002)

 [12] P. Ever-Hadani, D. Seidman, et al., « Breast feeding in Israel :maternal factors associated with choice and duration », Journal of Epidemiology and Community Helath, 48, pp 281-285, (1994)

[13] C. Pontes, A.C. Alexandrinoo, M. Osorio, « The participation of fathers in the breastfeeding process : experience, knowledge, behaviors and emotions », Journal of Pediatra, 84 (4), (2008)

 [14] K. Lawson, M.I. Tullock, « Breastfeeding duration : prenatal intentions and postnatal practices », Journal of Advanced Nursing, 22, pp 841-849, (1995)

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13 novembre 2011

Un éclat Eternel !

Que va devenir notre corps après la mort ? Un tas de poussières ou de cendres rien d'autre...oui mais... Savez vous qu'une société néerlandaire propose de transformer les cendres issues de la crémation en pierre précieuse, en non des moindres, en diamant ! De quoi briller de mille feux, de façon éternelle et de défier le temps. Certains sont tentés par l'expérience (en France il semblerait que ce ne soit pas encore autorisé).

Avant s'intéresser au procédé, revenons sur ce qu'est le diamant.

Le diamant naturel
A l'évocation de ce mot, deux propriétés nous viennent à l'esprit : la brillance et la dureté. Alors pourquoi ?
D'un point de chimique, le diamant n'est autre que du carbone pur, à l'exception de quelques inclusions d'autres éléments chimiques près qui d'ailleurs en disent long sur les circonstances de sa génèse.

 

diamantSource ICI


Le carbone est un élément chimique qui compose la plupart des êtres vivants. Un des éléments les plus abondants sur terre, et présent depuis sa formation. Il possède 6 électrons, dont 4 sur la couche externe, dite de Valence, c'est à dire la couche qui va chercher à associer ses électrons avec ceux d'autres atomes, afin de la saturer : cette mise en commun de doublets d'electrons entre deux atomes s'appelle une liaison chimique (dite covalente, et de nature "très forte").
Dans le cas du carbone, il y a donc possibilité de 4 liaisons covalentes pour assurer la stabilité de l'élément. Le carbone s'associe avec un grand nombre d'atomes, dont en grande majorité l'oxygène (la molécule de CO2), l'hydrogène (ex:  famille des hydrocarbures) mais aussi l'azote ou le soufre ... par le biais de 4 liaisons simples (cas des alcanes, sous-famille des hydrocarbures), ou de deux liaisons doubles (cas du CO2), de liaisons triples ou d'un mélange de tout cela pour des structures plus complexes.

Lorsque les atomes de carbone s'associent uniquement entre eux, on parle de graphite (notre mine de crayon de bois) ou de diamant (en fait il y a encoe d'autres composés dont nous ne parlerons pas ici). Ce sont toutes les deux des structures cristallisées (c'est à dire que les atomes s'organisent dans l'espace en une structure parfaitement ordonnée sous l'effet d'équilibre entre les forces électriques) au contraire de la structure amorphe (pas organisée du tout).
Selon la façon dont les atomes s'organisent dans l'espace pour assurer la saturation de leur couche électronique de périphérie, on va obtenir soit le graphite (de structure hexagonale) soit le diamant (de structure cubique). De cette structure vont découler les propriétés radicalement opposées des deux matériaux. Explications...

Graphite
POur le graphite, chaque atome de carbone s'entoure de 3 voisins (se plaçant au sommet d'un triangle) avec qui il forme des liaisons covalentes donc "fortes" : tout cela s'organise dans un espace plan, sous forme d'une structure hexagonale. Cet espace plan se nomme "feuillet". Donc si on fait le compte, on n'a que 3 electrons sur les 4 qui ont trouvé un compagnon dans le cadre de liaisons fortes. Pour le 4e, et bien il s'agit d'un electron qui n'est attaché à aucun atome bien particulier et qui est libre de circuler entre plusieurs atomes (on appelle cela un électron délocalisé).

POur l'instant, on n'a décrit qu'un feuillet, c'est-à-dire un plan. Le graphite est en fait une superposition de ces feuillets, et les forces qui les relient les uns avec les autres sont des forces d'attraction dites de Van der Waals qui ne sont pas des liaisons chimiques mais des liaisons faibles (dues à l'attraction électrostique entre un atome et un autre d'un feuillet parallèle). La distance entre atomes d'une même couche est de 0.142 nm et celle qui sépare les couches est de 0.335 nm.

GraphiteWiki

Source ICI

Cette struture explique les propriétés du graphite :

1- Matériau conducteur de l'électricité : à cause de la présence d'électrons délocalisés qui peuvent voyager facilement.

2- Propriétés anisotropes, c'est-à-dire différentes selon la direction. Ex: le graphite est conducteur dans le plan des feuillets; mais 200 fois moins bon conducteur dans la direction perpendiculaire aux feuillets (les électrons ne sautent pas d'un feuillet à l'autre).

3- Matériau très friable : ceci s'explique par les liaisons de faible intensité qui relient les feuillets et qui se cassent facilement.

4- Sa couleur foncée. C'est encore une fois la structure cristalline qui va dicter la façon dont la lumière va se comporter au sein d'un objet. Soit elle s'y refléchit, s'y refracte ou est absorbée. Le graphite est noir à cause de la grande délocalisation des électrons dans le réseau qui fait que la lumière y est absorbée.

NB: Notons qu'un simple feuillet de graphite porte le nom de graphène, un matériau dont nous reparlerons.

Le diamant
Dans le diamant, chaque atome de carbone est fortement lié à (non plus 3 mais) 4 atomes voisins situés au sommet d'un tétraèdre (prisme triangulaire). On a la formation d'une structure cubique avec une distance entre atomes de 0.142 nm. Cela confère à l'ensemble une structure tridimensionnelle dont la cohésion est assurée par uniquement des liaisons covalentes (donc fortes).

Ce réseau 3 D de liaisons covalentes (comprenant un plus grand nombre d'atomes de carbones par unité de volume que dans le graphite), explique donc la très grande dureté de celui-ci et sa température de fusion élevée (beaucoup de liaisons fortes à casser).

L'absence d'électrons délocalisés, explique sa propriété d'isolant électrique.

Enfin, cette structure cubique  permet une importante réfraction de la lumière et la lumière part dans toutes les directions, c'est ce qui fait la brillance et l'éclat du diamant.

graphitediam

Source ICI


Conditions de formations pour les deux structures
:
On s'en doute, ce sont les paramètres température et pression qui conditionnent la structure cristallographique adoptée par les atomes de carbone.

Afin de former ce réseau 3D si dense pour le diamant, de très hautes pressions (entre 4 et 6 GPa - soit 40000 fois la pression atmosphérique) et hautes températures (vers 3000°C) sont requises. Du temps aussi, car la cristallisation est lente ce qui joue sur la taille des cristaux. Ces conditions de température et pression sont réunies à de grandes profondeurs dans le manteau terrestre (200 km environ). Le diamant s'est formé à partir du carbone présent dans le manteau (issus de carbonates)  depuis la formation de la terre ou du carbone organique (végétaux) enfoui très profondément par le jeu des mouvements des plaques tectoniques.

LE diamant contient bien sûr des impuretés dont l'azote (une classification des diamants repose sur la teneur en impuretés)

Le graphite naturel lui se forme à des pressions basses et des températures moyennes (autour de1500 °C). Le graphite se trouve dans des roches métamorphiques, et est issu du de la transformation de composés carbonés sédimentaires.

POur synthétiser le diamant, le premier procédé (et aussi le plus connu) part du graphite et reconstitue les conditions présentes au niveau du manteau terrestre. C'est un procédé couteux nécessitant de fortes températures et pressions car il faut casser la structure du graphite et rapprocher les atomes (feuillets plus écartés que les distances interatomiques dans le diamant). Notons que d'autres conditions importantes sont aussi à réunir pour obtenir la transformation.

Le diamant à partir de cendres de défunt :

La crémation d'un corps se fait à une température de 850°C avec apport d'oxygène pour favoriser la combustion. Les cendres ne sont bien sûr pas transformables telle quelles. Il faut dans un premier temps extraire le carbone (car une combustion n'est jamais 100% efficace). Celui-ci est dans une première étape transformé en graphite puis en diamant par le procédé haute pression, haute température.

Voilà de quoi finir, de façon éternelle !

Pour en savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Graphite
http://fr.wikipedia.org/wiki/Diamant
http://fr.wikipedia.org/wiki/Carbone
http://en.wikipedia.org/wiki/LifeGem
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9mation
http://www.lenntech.fr/francais/data-perio/taux-elements-corps-humain.htm

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